Avec le forfait de Liu Xiang, véritable icône nationale, c'est tout le peuple chinois qui a pris un coup sur la tête. L'émotion, la tristesse et les regrets étaient palpables ce lundi à Pékin.
Envoyé spécial à Pékin
11h50, la fête est finie
Tout était prêt pour la grande fête. Le soleil, la chaleur et 91 000 personnes venues garnir les gradins du «Nid d'Oiseau» de Pékin. L'entrée en lice de Liu Xiang
, champion olympique du 110 m haies à Athènes, était attendue par tout un stade, tout un peuple même. «C'est le plus grand héros chinois, plus grand que Yao Ming
», justifie Sze Wing Michelle Li, reporter photographe au Mingpao Newspapers Limited, un groupe de presse basé à Hong Kong. A 11h50 heure locale (5h50 à Paris), le rêve de 1,5 milliard d'habitants de voir leur héros remporter une deuxième médaille d'or s'envole. Liu Xiang vient de courir trois mètres avant d'être rappelé par le starter pour un faux départ d'un autre concurrent dans sa série. Le Chinois se tient la jambe, il boîte. Il ne reprendra pas sa place dans les starting-blocks, terrassé par une blessure au tendon d'Achille. Une chape de plomb s'abat alors sur le stade. La fête est finie avant d'avoir commencée. En zone mixte, des journalistes chinois essuient leurs larmes. Sur le parvis du stade, les enfants, drapeaux chinois en mains, sont consolés par leurs parents. La Chine, rayonnante depuis le début de ses Jeux (en tête du tableau des médailles avec 35 médailles d'or), vient de prendre un gros coup sur la tête.
Très vite, la Fédération chinoise dépêche son DTN, Feng Shouyong, et l'entraîneur personnel de Liu Xang, Sun Haiping, pour tenter d'expliquer l'inexplicable. Car personne, dans le grand public, ne pouvait s'attendre à pareil évènement. «Même pour les journalistes chinois, il était difficile d'obtenir des informations sur lui ces derniers temps. Il s'entraînait en secret dans le camp d'entraînement de toute l'équipe chinoise, sous bonne garde. Depuis mai et sa tournée écourtée aux Etats-Unis, nous n'avions pas d'informations sur son état de santé, à part pour nous dire que tout allait bien», explique Sze Wing Michelle Li. Feng Shouyong et Sun Haiping éclairent alors les médias présents au stade au cours d'une conférence de presse retransmise en direct dans tout le pays par CCTV, le plus grand réseau, public, de télévision chinoise.
De l'émotion et de la tristesse
«Jusqu'à samedi dernier, Liu était en forme. Sa blessure à la cuisse était guérie. Mais une vieille douleur au tendon d'Achille s'est réveillée. Avec le staff médical, nous avons pris des mesures pour le soigner mais la douleur est revenue, plus forte encore, lundi matin à l'échauffement. Liu a quand même essayé de courir mais la douleur était insupportable et il a dû renoncer», déclare le patron de l'athlétisme chinois. A ses côtés, Sun Haiping, l'entraîneur personnel de Liu Xiang, celui qui le connaît le mieux, explique que son protégé a toujours eu des problèmes à l'intersection entre le tendon d'Achille et l'os depuis 6 ou 7 ans, mais que cela ne l'avait pas empêché de courir jusque-là. Très ému, Sun Haiping fond alors en larmes. Des millions de Chinois assistent à la scène devant leur écran de télévision.
«Tous les Chinois sont très tristes. Personne ne s'attendait à voir Liu quitter la compétition comme ça. Cela n'aurait pas été une surprise de le voir perdre en finale mais pas au premier tour. C'est difficile à accepter, nous sommes tristes», confie encore Sze Wing Michelle Li, très émue. «Tout le monde regrette cette blessure et ce forfait», confirme Yan Xueling, journaliste au Beijing Youth Daily, qui tire environ à 600 000 exemplaires chaque jour. Des regrets, de la tristesse mais aussi de la compassion. Les Chinois ont vu leur champion tenter jusqu'au bout de concourir, ils l'ont vu quitter la piste en boitant, ils ont vu son entraîneur pleurer... «On le comprend et on le soutient encore. Le sport n'est pas la guerre, le résultat n'est pas le plus important. Liu Xiang est toujours un exemple pour les jeunes», déclare Yan Xueling. Mais maintenant que le héros s'en est allé, les Jeux ne vont-ils pas perdre de leur superbe ? «L'ambiance sera toujours très bonne car les Chinois sont des passionnés», rassure Sze Wing Michelle Li. Des passionnés qui attendront désormais le retour aux affaires de leur champion, sans doute l'an prochain. Et qui nourriront certainement des regrets éternels de ne pas avoir pu le voir triompher à domicile...
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